C'est une pauvreté invisible, pudique et fière. La misère qui se cache au fond de nos campagnes n'épargne pas ceux qui, depuis des générations, exploitent la terre ou élèvent leurs bétails. Au-dela de tout débat politique, syndicale ou partisan, l'agriculteur est celui qui nourrit l'humanité.
Comment celui qui travaille dur pour cela, ne peut-il vivre dignement de son travail ? L'agriculture francaise reste la plus performante d'Europe, mais la France compte 2 fois moins de paysans depuis 20 ans, les jeunes générations n'assurent plus la relève des agriculteurs partant à la retraite, précarité, faible revenus, charges et horaires de travail élevés, tels sont les causes de se désengagement.
Travaillant autour du monde agricole depuis plusieurs années, je fus choqué lors de la parution dans un magazine de la presse professionnelle agricole d'un dossier spécial qui expliquait aux paysans, sur plusieurs pages comment toucher le RSA.
Qui sont ces hommes et ces femmes qui oeuvrent tous les jours dans leurs champs ou auprès de leurs betes et doivent maintenant aller mandier pour continuer à vivre de leur travail. Depuis le 1er juin 2009, date d'entrée en vigueur du RSA, la courbe des agriculteurs percevant les minima sociaux est en hausse régulière. De 21 000 foyers allocataires à l'origine, il y a 34 000 ménages en mars 2011, sans compter les anonymes à qui leur fierté ou leur pudeur interdisent cette démarche, réduits à un travail de subsistance et qui ne parviennent pas à gagner plus de 350 euros par mois
J'ai voulu également témoigné sur le nombre important d'agriculteurs qui ne pouvaient même pas obtenir cette aide ou ceux qui acculés devant les tribunaux devront faire face à la perte de leur exploitation. Qui sont ces hommes, travaillant quotidiennement dans leur exploitation et qui au regard de la législation, gagnent trop pour bénéficier du RSA mais pourtant vivent avec le minima. Cette précarité est présente partout en France dans toutes les filières agricoles, les causes en sont diverses, chutte du prix d'achat de la production, augmentation du prix des matières premières, mises aux normes des installations, maladie ou perte d'une partie du troupeau, accident professionnel entrainant un incapicité temporaire, droit de fermage, problèmes familiaux, mais ces causes ne seront que le déclencheur d'une situation deja tendu à l'extrème par l'endettement des exploitations, l'obligation du rendement et des charges fixes de fonctionnement élevées. Les agriculteurs n'ont pas droits à l'erreur et le moindre faux pas ou incident est souvent fatal.
Après plusieurs mois de prises de contact et de déplacements et grace à l'association "Solidarité Paysans" Picardie (association financée majoritairement par le Conseil Régional de Picardie) qui vient en aide aux exploitants agricoles pour des problèmes financiers ou juridiques, quelques paysans ont accepté de se confier sur le sujet et m'ont autorisé a photographier leur quotidien. Qu'ils soient éleveurs de bovins, de volailles, céréaliers, ils sont tous en situation financière difficile et ont vu leur vie basculer, comme Mr Martin ou Mr Dame.
Eleveur de vache de race Limousine, M Martin a décidé de se convertir en BIO. Il est propriétaire d'un troupeau de 140 vaches dans le département de l'Oise en région Picardie mais a subi la crise de plein fouet. L'association "Solidarité Paysans" tente de l'aider pour sa demande de RSA. Cette aide lui a pourtant été refusée car il gagnait plus de 70 euros du minima requis pour en bénéficier. Marié et père de 3 enfants, il travaille en plus de son labeur à la ferme, comme prestataire agricole, afin de gagner un peu plus d'argent. Il vit en couple avec ses 3 enfants‚ âgés de 4 à 12 ans, dans un mobil home depuis plusieurs années. Faute de revenus, il ne peut continuer les travaux commencés en 2009 pour la construction de la maison familiale, qu'il a construit lui-meme, et doit privilégier les investissements sur son exploitation afin quelle devienne rentable
Agé de 59 ans, Mr Dame est touché de plein fouet par la crise qui frappe le monde. A la tête d'une exploitation de 57 hectares de prairie et cultures céréalières et d'un troupeau de 27 vaches, il en a perdu 17 suite à une fièvre catarathe, ce qui a engendré une grande perte de revenus. Aujourd'hui, il vit avec 300 euros par mois, divorcé, il est confronté à un problème de taille : son contrat de fermage pour une grande partie de ces terres arrive à terme. Son propriétaire a trouvé un acheteur à 6 fois le prix du marché, et M Dame va donc devoir arrêter son exploitation. Or, ce dernier n'a cotisé qu'une vingtaine d'années (avant de reprendre l'exploitation de son grand-père, il était - jusqu'à l'âge de 39 ans - employé par son père sur la même ferme pour 1500 francs par mois) et sera contraint de vivre avec une retraite de misère.
Mme Bouvier cultivait des fruits rouges et avait quelques vaches laitières. Confronté a des vols réguliers sur son exploitation, donc une perte lourde, sa situation financière devient douloureuse, le divorce suit et cette mère de 4 enfants passe également devant le tribunal de procédure collective de Laon (02) pour un redressement judiciaire de plus de cent mille Euros. Son dossier a été accepté et un étalement de ces dettes a été convenu sur 14 ans. Elle a retrouvé un compagnon et a repris son activité sur une autre exploitation avec des dettes supplémentaires à honoré.
Ce reportage continue en Bretagne avec le soutien de la Région Bretagne
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